Tours est née entre deux eaux. La Loire au nord, le Cher au sud – deux fleuves qui ne se touchent pas mais qui esquissent, ensemble, la silhouette d'une ville posée sur la marne, cette argile calcaire blanche dont la Touraine tire sa clarté. Sous les pavés, le tuffeau ! Et sous le tuffeau, la richesse d'une biodiversité qui, d'îlot de chaleur en îlot de chaleur, attend depuis un siècle d'être libérée des matériaux routiers qui l'ont ensevelie. Elle ne peut être foulée au pied, ni obscurcie jusque dans les profondeurs de son si emblématique fleuve, sans en mesurer les conséquences sur notre propre santé.
Car tout se tient. L'alose remonte vers les frayères où se perpétue la vie. Les moules d'eau douce filtrent et éclaircissent l'eau, permettant à la lumière de nourrir les plantes aquatiques – des plantes qui abritent les larves d'insectes, dont les hirondelles se nourrissent et qu'aujourd'hui, on n'entend plus strider dans les ruelles du quartier Paul-Bert... Chaque disparition en annonce une autre. C'est cette chaîne-là, invisible et vitale, que les jardinières et jardiniers de la Ville observent mieux que personne, connectés aux réseaux naturalistes, consignant ce qui vole, rampe, nage – et ce qui disparaît. Telle cette couleuvre d'Esculape retrouvée, il y a peu, sur le parvis de la gare : toute espèce est un bioindicateur singulier, qui par sa présence, ou son absence, dit l'état de santé de notre milieu naturel.
C'est sur ce socle de vigilance et d'humilité que Tours a bâti, depuis six ans, un nouveau rapport au vivant. Car l'urgence est réelle : en France, 18 % des espèces ont disparu, 78 % des habitats sont en mauvais état de conservation. Face à ce constat, on peut se résigner — ou on peut agir, méthodiquement, à l'échelle de son territoire. Tours a choisi la seconde voie. Quatre fleurs renouvelées, deux refuges LPO, territoire engagé pour la nature, meilleure commune française pour la biodiversité en 2025 : ces labels ne précèdent pas l'action, ils la confirment. Au Jardin botanique, dont la vocation scientifique est partagée avec la Faculté de Pharmacie de l'Université de Tours depuis 1945, on conserve des graines d'espèces que l'agriculture intensive a fait disparaître des champs. En partenariat avec le Conservatoire Botanique National du Bassin Parisien, on recueille, cultive et réimplante ce que le temps et les hommes effacent. Tenir le registre du vivant, c'est aussi cela.
Derrière ces gestes de conservation, une stratégie urbaine se déploie : aucun projet d'aménagement ne se fait désormais sans intégrer le vivant. Déminéraliser les sols pour les rendre perméables ; plonger les Prébendes dans l'obscurité pour que les chiroptères y volent librement ; végétaliser les cours d'école ; replanter des vergers en libre cueillette ; tisser des corridors écologiques entre les parcs, les lacs, les jardins familiaux – tout ceci pour que la ville entière devienne, peu à peu, cet espace où l'humain et le non-humain se retrouvent riverains l'un de l'autre.
C'est dans cet état d'esprit que Tours accueille, du 29 septembre au 1er octobre 2026, la quinzième édition des Assises Nationales de la Biodiversité, co-organisées avec la Région Centre-Val de Loire, le Département d'Indre-et-Loire, Tours Métropole Val de Loire, idealCO et les Eco Maires, avec le soutien de l'État et de l'Office français de la biodiversité.
Le fil rouge – santé humaine, santé des écosystèmes, un même avenir ! – prend à Tours des visages concrets. Ainsi, des patients de l'hôpital de jour construisent des nichoirs avant de partir observer les oiseaux dans les parcs de la ville. La Ville et le CHRU travaillent même à un jardin thérapeutique, en effet, retrouver la terre, la travailler, soigne autrement que les mots et les médicaments.
Ce « même avenir » est aussi celui de nos écoliers, qui n'ont pas à porter le poids de l'effondrement du vivant comme une fatalité. Ils ont à s'émerveiller, dans leurs cours de récréation revenues en herbe, en apprenant à observer de près une nature que l'on s'efforce aussi de rapprocher d'eux. On protège ce qu'on aime. Et on aime ce qu'on connaît. Il faut connaître pour aimer et pour protéger. Et cette leçon-ci doit se transmettre génération après génération.
Capitale historique du Jardin de la France, plantée au cœur d'un val inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, Tours sait que la beauté d'un territoire et la santé de ses habitantes et habitants ne font qu'une. Que protéger ce que l'on n'est pas – le fleuve, l'hirondelle, l'alose, la couleuvre, la marne – c'est la façon la plus exacte de protéger ce que l'on est.
Pour que l'enfant à naître sache demain ce que « strider » veut dire en observant dans sa rue voler les hirondelles, les Assises arrivent à Tours. Comme une évidence.
Ces assises s’inscrivent dans une riche programmation du Mois de la Biodiversité où tout au long de septembre de nombreux rendez-vous rythmeront la vie des Tourangelles et tourangeaux autour de la nature en ville, l’alimentation, la santé ou l’eau.
Je vous souhaite de belles rencontres.
Emmanuel Denis, Maire de Tours